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21 août 2011

La Mort du Vin, Raymond Dumay, 1976

La Mort du Vin, Raymond Dumay, 1976La Mort du Vin, Raymond Dumay, 1976

Eh oui! C’est officiel; Serial-Bottler s’ouvre à une nouvelle pluridisciplinarité en consacrant désormais une originale rubrique intitulée « Lectures bachiques » qui s’enrichira au fil et à mesure de nos lectures. En effet, il n’est pas tout d’avoir une cave bien remplie sans une bibliothèque bien faite ! Parmi nos pérégrinations œnologiques, nombreux sont les ouvrages clés qui nous éclairent et nous font avancer dans notre éternelle quête du parfait flacon. C’est donc en vue de partager ces pages lues que nous tenterons ici d’aborder ces ouvrages qui, à leurs manières, participent à remplir nos verres. Ivresse des lectures et émotions bues, beau programme que nous essayerons de déguster ensemble et régulièrement ici.

Raymond Dumay. Inutile pour ceux qui ne le connaissent pas encore (et j’en faisais partie il y a encore peu), d’aller glaner sa biographie sur Wikipedia ; elle n’ajoute, en plus des deux dates qui caractérisent si pauvrement la vie d’un homme (1916-1999) qu’une liste succincte de ses métiers et une incomplète bibliographie. Je ne vais certes pas tenter ici de compléter le tableau, libre à chacun de le faire de son côté, mais plutôt me pencher plus en avant sur son ouvrage de référence « La Mort du Vin ». Comme souvent les bonnes choses, le livre me fut recommandé par un ami lors d’une discussion, qui portait, on s’en doutera sur la possibilité d’écrire et de décrire le monde sensoriel qu’ouvre la dégustation. Vaste sujet, qui s’il ne fâche pas, mets en lumière les différences de conception qu’il peut y avoir entre l’idée de noter un vin sur une échelle numérique ou pas. La description littéraire me semblant plus adéquate et riche, moins réductrice et simplificatrice. Notons au passage que le nom de Jules Chauvet revint à plusieurs reprises, j’y reviendrais donc dans un prochain article.

 « La Mort du Vin » donc. À travers 6 chapitres et une myriade de sous-chapitre, l’auteur nous entraîne dans un long périple, avec comme point de départ la Bourgogne, la Champagne et Bordeaux, avant de partir sur les traces des moines cisterciens en Espagne, en passant par l’Amérique et la Grèce Antique.Tout au long des 264 pages de l’ouvrage, le lecteur se délectera de l’érudition certaine de Raymond Dumay, qui avec ses véritables coups de gueule littéraires, prend un certain nombre de clichés à contre-pied. Ainsi, selon lui, le bon vin, pour autant qu’on puisse en donner une définition, n’accompagne non pas les périodes de paix et de prospérité de l’Histoire, avec un grand H, mais se veut plutôt un avatar de Arès. Le vin est d’ailleurs le seul aliment à avoir eu, sous une forme ou une autre et au fil des siècles et des civilisations, le privilège de se voir diviniser par les hommes. L’auteur suit donc une certaine chronologie du vin de la civilisation sumérienne au pinot noir de l’Oregon américain et établit sans cesse des parallèles entre la supériorité militaire d’une nation et la qualité de son vin. Les meilleurs vins du monde seront donc, en 1976, américains demain et chinois après-demain. Pour le lecteur d’aujourd’hui, bénéficiaire d’une trentaine d’années de recul depuis, cette prophétie ne semble pas encore s’être réalisée, mais reste une hypothèse qui, pour les amateurs de vins technocratiques, est en passe de l’être. A bon entendeur.

 « La Mort du Vin » n’est pas pour autant une histoire non autorisée du vin, qui retracerait dès balbutiements amphoriques du mont Ararat, très célèbre lieu de la première cuite rapportée de l’humanité chrétienne, aux ambitions économiques des grands groupes européano américains en République Populaire de Chine. Point donc de ligne directrice claire et scolaire qui guiderait le lecteur. Ce dernier s’en remettra complètement aux délicieuses et éternelles digressions de l’auteur, qui l’entraîne selon une méthodologie chère à Montaigne « à sauts et à gambades » dans son aventure œnologique. Livre humaniste certainement, dont la forme perméable à tout plan établi fait presque oublier le sérieux sous-jacent. Une certaine ironie, voir un certain pessimisme même, se font sentir dans ces pages. Et même si le titre annonçait déjà la couleur, on ne voulait pas y croire. Cette mort annoncée, pour nous buveurs invétérés et impénitents, signifie une bien triste et mauvaise nouvelle. A nous donc de la démentir avec force et véhémence en continuant à boire bon. A nous donc de boire vrai. A nous donc de continuer à boire juste.

 Et comme nous le rappelle finalement Raymond Dumay, le privilège des rois étant la continuité à tout prix : « Le vin est mort. Vive le vin ! »

 La Mort du Vin, Raymond Dumay, Stock 1976. RééditionLa Table Ronde, Paris 2006.

écrit par | Publié dans: Lectures Bachiques

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